DANS L'OEIL DU SOCIOLOGUE

Sunday, January 08, 2006

In a big intellectual mess

INCROYABLE tout ce temps que je passe à réfléchir sur un petit papier qui aurait dû être fini avant les vacances de Noël. Plus je pense moins j'avance. Je vais donc tenter de me vider le coeur ici en deux temps trois mouvements (faut bien que ça serve un blog, dans le cas présent à me clairer l'esprit). Alors voilà, pour ma maîtrise en sociologie (de la famille), je m'intéresse au couple contemporain. Qu'est-ce qu'un couple? Qu'est ce qui explique son instabilité? Pourquoi est-ce que l'engagement à long terme (genre "til' death do us part") est-il si difficile? est-ce souhaitable de s'engager pour le long terme? Quelle forme d'union choisir? Sur quoi repose un couple? la passion amoureuse? le désir d'enfant? l'amitié? les projets communs? Le sociologue François de Singly dans Le soi, le couple et la famille (Nathan, 2002) croit que nous attendons d'une relation de couple qu'elle nous permette de nous réaliser comme individu, nous avons besoin du regard de l'autre pour nous définir. Bernadette Bawin-Legros, également sociologue, met en relief dans Le Nouvel ordre sentimental: à quoi sert la famille aujourd'hui? (Payot, 2003) cette contradiction entre cet idéal romantique recherché de complémentarité des conjoints, et la recherche de l'accomplissement personnel, l'individualisme. C'est cette contradiction qui nous causerait problème. Selon elle, pour comprendre ce qui uni les couples, il faut aller voir du côté des codes de l'intimité, les gestes et les idées qui font en sorte que deux individus se constituent un petit univers ensemble.
Lorsqu'on se penche sur "les problèmes" du couple contemporain et donc de la famille, la tendance semble être de se lancer dans une comparaison Avant-Maintenant. L'Avant, le Traditionnel, qui semble être avant les années soixante, serait caractérisé par une stabilité du couple, on s'engageait et on demeurait engagé. Puis les femmes ont gagné plus massivement le marché du travail, la légalisation des contraceptifs oraux a permi de planifier la grosseur des familles, l'Église a perdu de son influence, l'État providence s'est inséré dans l'aide aux familles. Bref c'est comme si c'était la première fois dans l'histoire de l'humanité qu'il y avait du changement dans la vie familiale. Alors j'ai eu le goût d'aller voir plus loin que le XXe siècle. Et c'est là que tout ce complique.
Je me suis lancé dans la lecture de deux ouvrages de l'anthropologue britannique Jack Goody: The developement of the family and marriage in Europe (1983) et La famille en Europe (Seuil, 2001); v.o. anglaise: The European Family An Historico-Anthropological Essay. En toute honnêteté, puisque dans l'ouvrage de 2001 il reprend son propos de 1983 et qu'il est relativement plus clair, vous pourrez vous passer de celui de 1983. J'étais aussi accompagnée de Jean-Claude Bologne avec son Histoire du mariage en Occident (Hachette, 1995) et de Agnès Walsh avec son Histoire du couple en France de la Renaissance à nos jours (Ouest-France, 2003). Et c'est assez complexe merci que de résumer l'essentiel de cette histoire là. Bologne dit: L'histoire du divorce, de la cérémonie nuptiale, des interdits de parenté ne peut être débités en tronçons qu'ont se contenterait de juxtaposer par ordre chronologique. En parlant de la bague remise à la princesse Judith par le roi Ethelwolf, en 856, on est amené à parler de l'alliance moderne aussi bien que de la bague de fiançaille romaine. (p. 7) Et un des buts de Goody est de nous faire réaliser que On a bien trop exagérer la spécificité de la famille moderne, surtout en Occident, alors que certains de ses traits sont en place depuis la fin de l'Antiquité romaine et se retrouve ailleurs dans le monde (2001, p. 13-14). La famille affective, le mariage "tardif", la famille nucléaire, le concubinage et l'union libre ne sont pas des spécificités de la famille moderne ni l'effet de l'avênement de l'Occident et/ou du capitalisme. Selon Goody, ce qui fût le plus marquant dans l'histoire de l'organisation familiale, c'est l'instauration du christianisme durant le Moyen Âge. L'Église, en interdisant le mariage entre parents proches, chose commune chez les peuples méditerrannéens et germains pour empêcher la dilapidation des biens familiaux, a changé les stratégies de transmissions successorales et donc l'organisation familiale.
Bref, la difficulté, c'est que l'histoire de famille, du mariage, du couple n'est pas très linéaire. Les questions que nous nous posons aujourd'hui sur la passion vs la raison et sur l'engagement sont revenues à mainte reprises.
Ok, je vous quitte ici parce que je pense que je me répands un peu trop par rapport à la cause originale de ce billet, mais je vous en reparlerai... à suivre.